dimanche 24 août 2014



ESTIME DE SOI : UN CAPITAL POUR LA VIE

L’estime de soi est un jardin secret que chacun doit cultiver avec amour. Régulièrement entretenue, cette capacité à vivre en harmonie avec soi-même influence grandement notre vie sentimentale, conjugale, professionnelle.
« On s’aime malgré ses défauts et ses limites, malgré les échecs et les revers, simplement parce qu’une petite voix intérieure nous dit que l’on est digne d’amour et de respect ».
Le docteur Christophe André, psychiatre, définit ainsi l’amour de soi ou narcissisme qui permet ensuite d’avoir confiance en soi et une bonne estime de soi. Ce capital précieux favorise une vision positive de l’existence et une capacité à aller de l’avant, à s’engager dans l’action.

Un amour parental sans conditions
L’amour inconditionnel que la mère et le père portent à leur enfant lui permet d’être sécurisé affectivement. « Néanmoins l’intention d’amour à elle seule ne suffit pas… »,
ajoute le psychiatre. Persuadés d’agir dans l’intérêt de leur bambin, certains parents bâtissent des projets pour lui, sans tenir compte de sa personnalité ni de ses aspirations. Une pression constante peut être exercée pour que l’enfant soit un excellent élève, alors qu’il se révèle plus compétent dans d’autres domaines : sport, relations sociales, bricolage… Comment ce petit « d’homme » pourra-t-il croire en ses capacités alors qu’on lui dénie le droit d’exister comme il est ? Des parents qui ont des ambitions élevées pour leur chérubin auront tendance à le dévaloriser s’il ne répond pas assez à leurs attentes. Par peur de perdre l’amour des siens, l’enfant multiplie les efforts pour se faire accepter, ne pas déplaire. Il apprend à dissimuler ses sentiments, à mettre sa colère ou sa tristesse dans sa poche pour être à l’écoute des autres, sauf de lui-même. L’enfant se fait docile, gentil, serviable,
sérieux … mais l’infidélité à soi-même n’aide pas à s’aimer !

Quand l’estime de soi est ébranlée
« L’acceptabilité sociale (sentiment d’être aimé) et la capacité à agir efficacement et librement (sentiment d’être compétent) sont deux fondements majeurs de l’estime de soi », estime Christophe André. D’importantes difficultés dans ces deux domaines peuvent l’entamer : chômage, maladie, divorce… chez une personne qui s’aime suffisamment, la vie reprend ses droits, une fois l’événement douloureux dépassé. En revanche, « le vent se transforme en ouragan chez une personne qui ne croit pas en sa valeur ; le traumatisme vécu est entré en résonnance avec une blessure non cicatrisée de l’enfance, comme un couteau dans une plaie vive », explique Moussa Nabati, psychanalyste. Ces personnes s’effondrent alors : dépression, tentative de suicide…

Trop ou pas assez d’estime de soi fragilise
« La plupart du temps, les personnes qui manquent d’amour de soi se situent entre deux extrêmes ; les premières éprouvent des difficultés à prendre leur place, à s’affirmer parce qu’elles ont tendance à se déprécier. Il leur est difficile à dire « non », par crainte de perdre l’affection de leur entourage. Ces personnes sont sensibles à la critique, craignent l’échec qui les fragilise encore plus ; aussi, ne prennent-elles aucun risque.
A l’inverse, il ne faut pas être dupe de ceux qui se mettent en avant, vantent leurs succès et leurs qualités, comme s’ils arboraient des médailles sur la poitrine. Leur prétention, voire leur arrogance, n’est en réalité qu’un paravent. « L’excès de confiance en soi a été déterminé comme une défense inconsciente contre un sentiment sous-jacent d’insécurité et un perception négative de soi » estime le Dalaï Lama.
L’égocentrisme constitue également le révélateur d’une fragilité interne. Les personnes qui ont très peu existé aux yeux de leurs parents éprouvent le besoin de se sentir importantes pour l’autre, d’être au centre du monde. « la maturité affective est atteinte lorsque l’homme sort de l’égocentrisme et devient capable d’altruisme » précise Isabelle Filliozat, psychothérapeute.
Pourquoi certaines personnes deviennent-elles le jouet de dépendances diverses : alcool, nourriture, médicaments, sport, sexe, internet… ? Pour combler un vide intérieur, une insécurité affective. Or, loin d’être une solution, ces produits ou comportements dépossèdent davantage la personne d’elle-même. « On est consommé par l’objet que l’on croyait pouvoir maîtriser et nous guérir » estime Moussa Nabati
« Le trop toujours le signe d’un manque »

Le peu d’estime de soi : une manne pour les employeurs
La personne qui s’estime peu se révèle plutôt perfectionniste. Comme elle est insatisfaite d’elle-même, elle craint de ne pas être à la hauteur. En travaillant beaucoup, elle tente de se prouver qu’elle est compétente, qu’elle a de la valeur. L’épuisement recherché apparaît à cette personne « comme un signal positif. Il l’empêche de penser et lui faire dire qu’elle ne peut aller plus loin dans le travail », ajoute Christophe André. A défaut de mépriser leurs doutes, ces personnes deviennent expertes dans l’art de ne plus compter leurs heures de travail, pour le grand bénéfice de leur employeur.

Construire une bonne estime de soi
L’estime de soi s’auto-entretient : « plus on s’estime, mieux on agit : on prend des décisions et on s’y tient. Et plus on se comporte ainsi régulièrement, plus on s’estime… », explique Christophe André. A force de se familiariser avec certaines habitudes, on peut instaurer de nouveaux modes de comportement.

S’écouter pour mieux se connaître
Savoir mettre en mots ses émotions permet de se renseigner sur soi-même. Imaginez-vous aux commandes de votre avion personnel ; sur le tableau de bord du cockpit clignotent une multitude de boutons qui représentent vos émotions : joie, colère, tristesse, peur, jalousie… Lorsqu’un de vos besoins n’est pas satisfait, un voyant rouge s’allume. Prendre en compte ce signal permet de mieux écouter ce que l’on ressent et d’affirmer ainsi son identité.

Prononcer un « non » affirmatif
Il ne s’agit pas de s’imposer coûte que coûte au détriment de l’autre, mais d’exprimer ce que l’on ressent, ce que l’on veut (ou ne veut pas) en respectant l’identité de son interlocuteur. Dire non, c’est dire « je ».s’affirmer avec authenticité permet d’entendre le « non » de l’autre avec une grande sécurité intérieure. Vous découvrez que celui qui n’est pas d’accord avec vous, ou qui ne souscrit pas à votre demande, continue néanmoins à vous apprécier.

Oser le conflit
Parfois, il faut savoir accueillir une rage quand elle survient, plutôt que de la disqualifier ou de se culpabiliser. « La colère n’est ni un bien, ni un mal. Elle est, un point c’est tout » , explique Isabelle Filliozat. Elle permet de réparer la blessure ou l’offense qui vous a été infligée. En exprimant votre colère, vous vous découvrez capable de décrire vos sentiments. Il faut savoir néanmoins respecter les formes pour éviter un conflit ouvert ; exprimer ce que vous ressentez par le « je » , sans accabler vos proches par des « tu » qui « tuent » . A partir du moment où votre interlocuteur ne se sentira pas attaquer ni remis en question, il sera en mesure d’être sensible à votre sincérité et de vous écouter. Une personne affirmée ne craint pas le conflit.

Etre gentil avec soi-même
Pour amorcer une spirale d’estime de soi, il est important de modifier le regard que l’on se porte, ne pas se laisser envahir par des humeurs négatives et faire preuve de son égard de tolérance. Faire taire « toutes les pensées à priori critiques que nous nous adressons à nous-mêmes il s’agit souvent d’un discours parental intériorisé, conséquence de ce que nous avons entendu lorsque nous étions enfant », explique Christophe André. Les propos que vous tenez sur vous-même modifient la perception que les autres ont de vous : si vous avez tendance à vous dénigrer, ils vous croiront sur parole. En revanche, si vous estimez ce que vous êtes, votre entourage vous respectera davantage. Le positif attire le positif.

« Un sujet qui peut comprendre sa colère comme faisant
partie intégrante de lui-même ne devient pas violent »

Acquérir une grande liberté intérieure
Loin d’être un parcours sans faute, le cheminement vers une bonne estime de soi n’est pas exempt de rechutes. Rassurez-vous : ces retours en arrière font partie du processus de changement.
« En général, les personnes veulent changer, tout en restant les mêmes » , ajoute Moussa Nabati. Or évoluer requiert certains renoncements ; il faut s’arracher à un monde familier pour s’engager vers de l’inédit. Se  construire « en renonçant à entretenir les « bonnes images de soi-même sur soi-même », en prenant le risque de s’affirmer, pour se délier d’un besoin d’approbation trop mutilant ou trop contraignant », estime Jacques Salomé, psychosociologue. Acquérir une meilleure estime de soi peut donc modifier les relations avec l’entourage, qui perd un peu de son ascendant, de pouvoir sur la personne. La crainte d’un changement n’est pas justifiée : il ne s’agit pas de devenir un autre que soi, mais bien plutôt de retrouver son être véritable et de découvrir d’autres dimensions de son identité.

Acquérir une plus grande sécurité intérieure et un bien-être
« Etre soi procure un profond sentiment de paix intérieure », estime Moussa Nabati. Moins envahie par les démons du passé, la personne sait profiter de l’instant présent. Comme elle a une vision plus positive d’elle-même, elle contrôle mieux son existence : confiante, elle s’engage plus volontiers dans l’action, sans craindre les revers de fortune. « Les événements extérieurs ont une portée limitée pour ceux qui disposent d’une structure psychique solide », précise le psychanalyste.

L’estime de soi nécessaire à la réussite scolaire
« Une estime de soi solide est de meilleur pronostic pour la réussite scolaire que tout autre type de compétences, y compris l’intelligence. Il vaut mieux une image de soi positive qu’un QI élevé » estime Jeanne Facchin, psychologue.
En effet, les enfants qui manquent de confiance en eux sont généralement anxieux : ils ont tellement peur de ne pas y arriver !       L’excès d’émotion prend alors le pas sur la pensée et la mémoire, freinant ainsi les apprentissages scolaire : l’enfant peine à intégrer le contenu des cours, à enregistrer les consignes, se perd dans l’énoncés…Comme son énergie est mobilisée par le stress, l’élève est très vite fatigué, ce qui augmente son anxiété. Il est donc pris dans une spirale infernale : plus il est anxieux, moins il a de bons résultats et moins il y arrive et plus il s’inquiète.

Aimer autrement
Avoir une bonne estime de soi procure une sécurité intérieure, mais également une liberté vis-à-vis des autres. Comme la personne est plus à l’écoute de son désir, de son être profond, elle n’a pas besoin du regard d’autrui pour se sentir exister. Sensible aux compliments, elle ne s’effondre néanmoins pas lorsqu’on la critique. « Le désir émancipe, alors que le besoin empoisonne », explique Moussa Nabati.
La personne accepte d’être aimée, dans le respect de la différence, pour ce qu’elle est et non pas pour ce qu’elle fait. Il est difficile d’avoir de la considération pour quelqu’un qui se dissimule ou qui n’exprime jamais ses désirs !
S’affirmer sans craindre de déplaire ou de perdre l’affection des siens permet en retour de respecter leur liberté. La sincérité de la personne qui s’estime, encourage les proches à être également sincères. Sur le plan amical ou amoureux, se bâtissent des relations authentiques, où chacun écoute son interlocuteur sans le juger et respecte son point de vue. « la reconnaissance et le respect des différences deviennent ainsi producteurs de bonheur », conclut Moussa Nabati.

« S’aimer soi-même, c’est le début d’une idylle qui dure toute le vie » Oscar Wilde, écrivain irlandais.








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