ESTIME DE SOI :
UN CAPITAL POUR LA VIE
L’estime de soi est un
jardin secret que chacun doit cultiver avec amour. Régulièrement entretenue,
cette capacité à vivre en harmonie avec soi-même influence grandement notre vie
sentimentale, conjugale, professionnelle.
« On s’aime
malgré ses défauts et ses limites, malgré les échecs et les revers, simplement
parce qu’une petite voix intérieure nous dit que l’on est digne d’amour et de
respect ».
Le docteur Christophe
André, psychiatre, définit ainsi l’amour de soi ou narcissisme qui permet
ensuite d’avoir confiance en soi et une bonne estime de soi. Ce capital
précieux favorise une vision positive de l’existence et une capacité à aller de
l’avant, à s’engager dans l’action.
Un amour parental sans conditions
L’amour inconditionnel
que la mère et le père portent à leur enfant lui permet d’être sécurisé
affectivement. « Néanmoins l’intention d’amour à elle seule ne suffit
pas… »,
ajoute le psychiatre.
Persuadés d’agir dans l’intérêt de leur bambin, certains parents bâtissent des
projets pour lui, sans tenir compte de sa personnalité ni de ses aspirations.
Une pression constante peut être exercée pour que l’enfant soit un excellent
élève, alors qu’il se révèle plus compétent dans d’autres domaines :
sport, relations sociales, bricolage… Comment ce petit « d’homme »
pourra-t-il croire en ses capacités alors qu’on lui dénie le droit d’exister
comme il est ? Des parents qui ont des ambitions élevées pour leur
chérubin auront tendance à le dévaloriser s’il ne répond pas assez à leurs
attentes. Par peur de perdre l’amour des siens, l’enfant multiplie les efforts
pour se faire accepter, ne pas déplaire. Il apprend à dissimuler ses
sentiments, à mettre sa colère ou sa tristesse dans sa poche pour être à
l’écoute des autres, sauf de lui-même. L’enfant se fait docile, gentil,
serviable,
sérieux … mais
l’infidélité à soi-même n’aide pas à s’aimer !
Quand l’estime de soi est ébranlée
« L’acceptabilité
sociale (sentiment d’être aimé) et la capacité à agir efficacement et librement
(sentiment d’être compétent) sont deux fondements majeurs de l’estime de
soi », estime Christophe André. D’importantes difficultés dans ces deux
domaines peuvent l’entamer : chômage, maladie, divorce… chez une personne
qui s’aime suffisamment, la vie reprend ses droits, une fois l’événement
douloureux dépassé. En revanche, « le vent se transforme en ouragan chez
une personne qui ne croit pas en sa valeur ; le traumatisme vécu est entré
en résonnance avec une blessure non cicatrisée de l’enfance, comme un couteau
dans une plaie vive », explique Moussa Nabati, psychanalyste. Ces
personnes s’effondrent alors : dépression, tentative de suicide…
Trop ou pas assez d’estime de soi fragilise
« La plupart du
temps, les personnes qui manquent d’amour de soi se situent entre deux extrêmes ;
les premières éprouvent des difficultés à prendre leur place, à s’affirmer
parce qu’elles ont tendance à se déprécier. Il leur est difficile à dire
« non », par crainte de perdre l’affection de leur entourage. Ces
personnes sont sensibles à la critique, craignent l’échec qui les fragilise
encore plus ; aussi, ne prennent-elles aucun risque.
A l’inverse, il ne
faut pas être dupe de ceux qui se mettent en avant, vantent leurs succès et
leurs qualités, comme s’ils arboraient des médailles sur la poitrine. Leur
prétention, voire leur arrogance, n’est en réalité qu’un paravent.
« L’excès de confiance en soi a été déterminé comme une défense
inconsciente contre un sentiment sous-jacent d’insécurité et un perception
négative de soi » estime le Dalaï Lama.
L’égocentrisme
constitue également le révélateur d’une fragilité interne. Les personnes qui
ont très peu existé aux yeux de leurs parents éprouvent le besoin de se sentir
importantes pour l’autre, d’être au centre du monde. « la maturité
affective est atteinte lorsque l’homme sort de l’égocentrisme et devient
capable d’altruisme » précise Isabelle Filliozat, psychothérapeute.
Pourquoi certaines
personnes deviennent-elles le jouet de dépendances diverses : alcool,
nourriture, médicaments, sport, sexe, internet… ? Pour combler un vide
intérieur, une insécurité affective. Or, loin d’être une solution, ces produits
ou comportements dépossèdent davantage la personne d’elle-même. « On est
consommé par l’objet que l’on croyait pouvoir maîtriser et nous guérir »
estime Moussa Nabati
« Le trop toujours le signe d’un manque »
Le peu d’estime de soi : une manne pour les employeurs
La personne qui
s’estime peu se révèle plutôt perfectionniste. Comme elle est insatisfaite
d’elle-même, elle craint de ne pas être à la hauteur. En travaillant beaucoup,
elle tente de se prouver qu’elle est compétente, qu’elle a de la valeur.
L’épuisement recherché apparaît à cette personne « comme un signal
positif. Il l’empêche de penser et lui faire dire qu’elle ne peut aller plus
loin dans le travail », ajoute Christophe André. A défaut de mépriser leurs
doutes, ces personnes deviennent expertes dans l’art de ne plus compter leurs
heures de travail, pour le grand bénéfice de leur employeur.
Construire une bonne estime de soi
L’estime de soi
s’auto-entretient : « plus on s’estime, mieux on agit : on prend
des décisions et on s’y tient. Et plus on se comporte ainsi régulièrement, plus
on s’estime… », explique Christophe André. A force de se familiariser avec
certaines habitudes, on peut instaurer de nouveaux modes de comportement.
S’écouter pour mieux se connaître
Savoir mettre en mots
ses émotions permet de se renseigner sur soi-même. Imaginez-vous aux commandes
de votre avion personnel ; sur le tableau de bord du cockpit clignotent
une multitude de boutons qui représentent vos émotions : joie, colère,
tristesse, peur, jalousie… Lorsqu’un de vos besoins n’est pas satisfait, un
voyant rouge s’allume. Prendre en compte ce signal permet de mieux écouter ce
que l’on ressent et d’affirmer ainsi son identité.
Prononcer un « non » affirmatif
Il ne s’agit pas de
s’imposer coûte que coûte au détriment de l’autre, mais d’exprimer ce que l’on
ressent, ce que l’on veut (ou ne veut pas) en respectant l’identité de son
interlocuteur. Dire non, c’est dire « je ».s’affirmer avec
authenticité permet d’entendre le « non » de l’autre avec une grande
sécurité intérieure. Vous découvrez que celui qui n’est pas d’accord avec vous,
ou qui ne souscrit pas à votre demande, continue néanmoins à vous apprécier.
Oser le conflit
Parfois, il faut
savoir accueillir une rage quand elle survient, plutôt que de la disqualifier
ou de se culpabiliser. « La colère n’est ni un bien, ni un mal. Elle est,
un point c’est tout » , explique Isabelle Filliozat. Elle permet de
réparer la blessure ou l’offense qui vous a été infligée. En exprimant votre
colère, vous vous découvrez capable de décrire vos sentiments. Il faut savoir
néanmoins respecter les formes pour éviter un conflit ouvert ; exprimer ce
que vous ressentez par le « je » , sans accabler vos proches par des
« tu » qui « tuent » . A partir du moment où votre
interlocuteur ne se sentira pas attaquer ni remis en question, il sera en
mesure d’être sensible à votre sincérité et de vous écouter. Une personne
affirmée ne craint pas le conflit.
Etre gentil avec soi-même
Pour amorcer une
spirale d’estime de soi, il est important de modifier le regard que l’on se
porte, ne pas se laisser envahir par des humeurs négatives et faire preuve de
son égard de tolérance. Faire taire « toutes les pensées à priori
critiques que nous nous adressons à nous-mêmes il s’agit souvent d’un discours
parental intériorisé, conséquence de ce que nous avons entendu lorsque nous
étions enfant », explique Christophe André. Les propos que vous tenez sur
vous-même modifient la perception que les autres ont de vous : si vous
avez tendance à vous dénigrer, ils vous croiront sur parole. En revanche, si
vous estimez ce que vous êtes, votre entourage vous respectera davantage. Le
positif attire le positif.
« Un sujet qui peut comprendre sa colère comme faisant
partie intégrante de lui-même ne devient pas violent »
Acquérir une grande liberté intérieure
Loin d’être un
parcours sans faute, le cheminement vers une bonne estime de soi n’est pas
exempt de rechutes. Rassurez-vous : ces retours en arrière font partie du
processus de changement.
« En général, les
personnes veulent changer, tout en restant les mêmes » , ajoute Moussa
Nabati. Or évoluer requiert certains renoncements ; il faut s’arracher à
un monde familier pour s’engager vers de l’inédit. Se construire « en renonçant à entretenir
les « bonnes images de soi-même sur soi-même », en prenant le risque
de s’affirmer, pour se délier d’un besoin d’approbation trop mutilant ou trop
contraignant », estime Jacques Salomé, psychosociologue. Acquérir une
meilleure estime de soi peut donc modifier les relations avec l’entourage, qui
perd un peu de son ascendant, de pouvoir sur la personne. La crainte d’un
changement n’est pas justifiée : il ne s’agit pas de devenir un autre que
soi, mais bien plutôt de retrouver son être véritable et de découvrir d’autres
dimensions de son identité.
Acquérir une plus grande sécurité intérieure et un bien-être
« Etre soi
procure un profond sentiment de paix intérieure », estime Moussa Nabati.
Moins envahie par les démons du passé, la personne sait profiter de l’instant
présent. Comme elle a une vision plus positive d’elle-même, elle contrôle mieux
son existence : confiante, elle s’engage plus volontiers dans l’action,
sans craindre les revers de fortune. « Les événements extérieurs ont une
portée limitée pour ceux qui disposent d’une structure psychique solide »,
précise le psychanalyste.
L’estime de soi nécessaire à la réussite scolaire
« Une estime de
soi solide est de meilleur pronostic pour la réussite scolaire que tout autre
type de compétences, y compris l’intelligence. Il vaut mieux une image de soi
positive qu’un QI élevé » estime Jeanne Facchin, psychologue.
En effet, les enfants
qui manquent de confiance en eux sont généralement anxieux : ils ont
tellement peur de ne pas y arriver ! L’excès
d’émotion prend alors le pas sur la pensée et la mémoire, freinant ainsi les
apprentissages scolaire : l’enfant peine à intégrer le contenu des cours,
à enregistrer les consignes, se perd dans l’énoncés…Comme son énergie est
mobilisée par le stress, l’élève est très vite fatigué, ce qui augmente son
anxiété. Il est donc pris dans une spirale infernale : plus il est
anxieux, moins il a de bons résultats et moins il y arrive et plus il s’inquiète.
Aimer autrement
Avoir une bonne estime
de soi procure une sécurité intérieure, mais également une liberté vis-à-vis
des autres. Comme la personne est plus à l’écoute de son désir, de son être
profond, elle n’a pas besoin du regard d’autrui pour se sentir exister.
Sensible aux compliments, elle ne s’effondre néanmoins pas lorsqu’on la
critique. « Le désir émancipe, alors que le besoin empoisonne »,
explique Moussa Nabati.
La personne accepte
d’être aimée, dans le respect de la différence, pour ce qu’elle est et non pas
pour ce qu’elle fait. Il est difficile d’avoir de la considération pour
quelqu’un qui se dissimule ou qui n’exprime jamais ses désirs !
S’affirmer sans
craindre de déplaire ou de perdre l’affection des siens permet en retour de
respecter leur liberté. La sincérité de la personne qui s’estime, encourage les
proches à être également sincères. Sur le plan amical ou amoureux, se bâtissent
des relations authentiques, où chacun écoute son interlocuteur sans le juger et
respecte son point de vue. « la reconnaissance et le respect des
différences deviennent ainsi producteurs de bonheur », conclut Moussa
Nabati.
« S’aimer soi-même, c’est le début d’une idylle qui dure
toute le vie » Oscar
Wilde, écrivain irlandais.